Chapitre 1er: Jack Materel

Alors que le cours se finissait, Isabelle Le Marchand dit à l'attention des étudiants qui sortaient de l'amphithéâtre : « N'oubliez pas ce que je vous ai dit ! Quand il s'agissait de donner une bonne allure à un texte sacré, les prêtres n'hésitaient pas à faire mettre les hiéroglyphes dans un ordre presque... illogique ! Au revoir ! » Après avoir effacé le tableau, elle sortit à son tour, et alla dans son bureau qu'elle partageait avec les autres professeurs d'histoire ancienne. Alors qu'elle s'apprêtait à prendre son sac à main pour sortir déjeuner, son téléphone sonna. « Bonjour, madame Le Marchand ?
-Elle-même.
-Je ne sais pas si vous me connaissez, dit l'homme à la voix grave, je suis monsieur Materel, Jack Materel.
-Oh, si bien sûr, je vous connais ! Enfin, j'ai entendu parler de vous ! Vous avez écrit un livre sur Pépi II ... J'ai beaucoup aimé.
-Je vous remercie. Je... Vous êtes l'une des plus éminents spécialistes en hiéroglyphes de France, et j'aurais voulu vous proposer quelque chose... Mais je préfère vous l'expliquer de vive voix. Peut-être pourrais-je passer vous voir. Vous avez déjeuné ?
-J'y allais. Mais si vous le désirez, nous pouvons déjeuner ensemble...
-Si cela vous arrange, je veux bien !
-Ecoutez, là je suis à la Sorbonne. Vous voyez où est le département d'Egyptologie à Paris IV ?
-Oui, je vois.
-Et bien monsieur Materel, je vous propose de nous retrouver à mon bureau. Vous le trouverez aisément, mon nom est écrit sur la porte.
-Bien, dans ce cas, à tout de suite, je suis là d'ici dix minutes.
-A tout de suite ! »
Isabelle raccrocha le téléphone. Elle avait lu avec avidité le livre de Jack Materel qui commençait à se faire un nom dans le monde de l'Egyptologie et qui enseignait à Lille III. Elle se l'imaginait ayant une cinquantaine d'années, quelque peu gâteux, les cheveux presque blancs. Aussi, quand la porte de son bureau s'ouvrit quelle ne fut pas sa surprise de se trouver en face d'un homme de son âge, c'est-à-dire entre trente et trente-cinq ans, et qui plus est très séduisant. Lui aussi avait l'air surpris.
«Bonjour. Je... Connue comme vous l'êtes je vous imaginais avec une vingtaine d'années de plus, et quelques cheveux blancs !
-Et bien, comme ça nous sommes deux ce cas ! Je pensais la même chose de vous !! Je connais un petit restaurant sympa pas loin d'ici où nous pourrons discuter tranquillement. Cela vous dit que nous y allions déjeuner ?
-Avec plaisir ! »
Ils se rendirent à pieds jusqu'au restaurant en question. Une fois qu'ils furent installés autour d'un déjeuner fort apetissant, Isabelle prit la parole : « De quoi vouliez-vous me parler au juste ?
-Je me suis adressée à vous, enfin, j'ai pris cette décision de venir vous voir, après avoir lu votre livre, Etudes des papyri du moyen empire et de la seconde période intermédiaire. Récemment j'ai participé à des fouilles sur le site d'Abydos. Nous y avons trouvé de nombreux papyri fort intéressants. Mais nous nous sommes trouvé dans l'impossibilité de traduire un de ces textes. Nous avons transmis une copie de ce papyrus aux plus éminents égyptologues spécialisés dans l'étude des hiéroglyphes de France et d'Allemagne, mais sans qu'aucun d'entre eux n'arrive à le traduire d'une manière cohérente.
-En avez-vous une copie sur vous ?
-J'ai pensé que vous aimeriez voir à quoi ressemble ce papyrus, et j'ai donc pensé à en amener une copie ! »
Il ouvrit sa sacoche et en sortit une chemise de laquelle il sortit une dizaines de feuilles, qu'il tendit à Isabelle. Cette dernière regarda les feuilles avec intérêt. Elle demanda à Jack Materel : « Dites-moi monsieur Materel, avez-vous déjà entendu parlé du papyrus de Stroglan ?
-Oui, vaguement.
-C'est un papyrus datant de la première période intermédiaire. C'est le grand mystère de l'Egyptologie moderne, hormis les mystères de la période amarnienne bien sur. Personne n'a jamais pu traduire ce fameux papyrus. Je l'ai longuement étudié, et il présente des caractères analogues à celui que vous m'avez apporté. C'est dingue... Est-ce que je pourrais garder cette copie ?
-Bien entendu. Je l'avais faite spécialement pour vous, je me doutais que vous voudriez la garder pour pouvoir étudier plus longuement ce texte.
-Je vous remercie. Peut-être la comparaison de ces deux papyri pourrait-elle apporter quelque chose. Je l'espère... Est-ce que vous pourriez m'en dire plus sur ce qui était avec ce papyrus quand vous l'avez trouvé ? »
Jack Materel sortit d'autres feuilles de sa sacoche. « Ce sont les photos des objets qui se trouvaient dans la même 'pièce' que le papyrus. »
Isabelle observa avec intérêt ces photos. « Epoque Amarnienne... » Murmura t-elle.
« Comment cela ? Demanda Jack Materel qui n'avait pas compris ce qu'elle avait murmuré.
-Sur ces objets, on remarque des particularités du style amarnien assez flagrantes.
-J'avais aussi remarqué cela... C'est ce qui me semble le plus bizarre... Si vous dites vous même que ce papyrus est analogue à celui de Stroglan, comment se fait-il que les deux papyri soient distants de plus de 1500 ans ? De plus, que viennent faire des objets du style amarniens près d'un temple dédié à Osiris, Isis et Horus, alors que justement Akhenaton voulait faire détruire toute trace des dieux autres qu'Aton ! C'est vraiment le monde à l'envers !
-Il est vrai que tout cela est assez extraordinaire ! »
Après être sortis du restaurant, ils retournèrent à l'université. Une fois dans son bureau, Isabelle sortit une petite clé de sa poche, avec laquelle elle ouvrit un tiroir de son bureau. Elle en sortit un papyrus. « C'est une copie du papyrus de Stroglan, expliqua t-elle à Jack Materel. On va pouvoir les comparer de plus prés ! »
Ils passèrent une heure à essayer de trouver des points communs aux papyri. Quand Isabelle regarda sa montre, elle s'exclama : « Déjà 14h30 ! Mes étudiants vont m'attendre ! Ecoutez, je vous donne mon numéro personnel, peut-être pourriez-vous m'appeler ce soir, à partir de 20 heures?
-ça ne me pose aucuns problèmes.»
Elle donna donc son numéro de téléphone à l'égyptologue.
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:14

Modifié le samedi 28 juillet 2007 16:42

Chapitre 2 : Au travail

Quand après un après-midi chargé elle rentra chez elle, il était déjà 20h30.
Isabelle prit un plat tout prêt dans son congélateur puis le mit au micro-ondes. Alors qu'elle se servait un verre de jus d'orange, le téléphone sonna.
« Oui, allô !
-Mme Le Marchand, Jack Materel à l'appareil. J'ai essayé de vous joindre plus tôt, mais vous ne répondiez pas.
-Je viens juste de rentrer chez moi... Les rues de Paris étaient complètement bouchées !
-Est-ce que je peux passer vous voir chez vous ?
-Oui, bien sûr. J'habite rue de Rivoli, au n°16, au quatrième étage, l'appartement n°401... Vous trouverez facilement ! »
Une demi-heure plus tard, alors qu'Isabelle lavait ses couverts, Jack Materel arriva.
« C'est un bel appartement que vous avez là !
-Logement de fonction, comme ils disent ! Ils feraient mieux de donner des appartements donnant sur des rues moins connues, et d'augmenter les crédits à la recherche !
-Les paradoxes du gouvernement... Il ne faut pas chercher à comprendre !! Souvent, je me demande pourquoi les français ont été élire Monsieur Sarkozy à la présidence de la France... C'est une vraie catastrophe !
-Oh, la politique, vous savez... Il ne faut pas chercher à comprendre !! Vous voulez un café ?
-Volontiers. »
Tandis qu'Isabelle préparait le café, Jack, tout en regardant une photo posée sur le rebord de la fausse cheminée, lui demanda : « Et vous vivez seule ?
-Oui », répondit-elle. Puis elle s'avisa qu'il regardait la photo. « Ça c'est une vieillerie que j'ai oubliée de rendre à son propriétaire. Monsieur n'appréciait pas mes horaires... Il aurait aimé que j'arrête de travailler... Entre lui et l'enseignement de l'égyptologie, j'ai eu vite fait de choisir. Rien au monde ne me ferait arrêter l'égyptologie !
-Vous n'étiez pas obligée de me raconter tout ça...
-Je l'espère bien que je ne n'étais pas obligée ! Je vous l'ai dit parce que j'en avais envie ! Tenez ! » Dit-elle en lui tendant une tasse de café bien chaude.
« Avec ou sans sucre ?
-Sans sucre », lui répondit-il.
Tandis que Jack buvait son café, Isabelle posa sa propre tasse sur la table basse et se dirigea vers la bibliothèque. Elle y prit plusieurs livres épais et un classeur. Elle posa le tout sur la table basse. « C'est toute la documentation que je possède sur le papyrus de Stroglan, et mon travail personnel, expliqua t-elle à Jack.
-Tout ça ?!
-Oui. Et je sais qu'il y en a d'autres à la Bibliothèque Universitaire. Je vous propose que nous nous mettions au travail tout de suite !
-Et bien, dans ce cas, c'est parti ! »
Ils travaillèrent plus de deux heures sur les documents.
« C'est pire que du chinois ! Soupira Isabelle.
-Et pour moi donc ! Répondit Jack.
-Pensez-vous que les égyptiens de l'antiquité aient eu un esprit... Comment dire... Un esprit joueur ?
-Dans toute civilisation il existe des personnes à l'esprit joueur... Pourquoi cette question ?
-Je me demandais s'il serait possible que ces deux papyri, que ce soit celui de Stroglan ou celui que vous avez découvert à Abydos, que ces deux papyri fonctionnent comme un rébus... Enfin, il se fait déjà tard !
-Oui. Je vais devoir rentrer, dit Jack Materel.
-Bien, dans ce cas nous étudierons mon hypothèse sûrement fausse du rébus un autre jour !
-Je vous appelle demain ?
-Oui, mais à l'université. »
Isabelle raccompagna Jack jusqu'à la porte d'entrée. « A demain !
-A demain.. »
Après avoir fermé la porte et s'être déshabillée , Isabelle alla se glisser dans son lit qu'elle jugeait trop grand depuis qu'elle était célibataire, et s'y endormit deux minutes plus tard.
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:24

Chapitre 3: Une piste intéressante.

Le lendemain, tandis qu'Isabelle faisait un cours sur l'écriture hiératiques aux élèves de deuxième année, un téléphone sonna dans la salle. Ayant l'habitude d'un de ses élèves qui laissait toujours son portable allumé, et sans se retourner du tableau sur lequel elle écrivait, elle dit : « Duvtonski ! Pourriez-vous avoir l'extrême obligeance d'éteindre votre portable afin qu'il ne nuise plus au bon déroulement de ce cours ?
-Ce n'est pas mon portable madame ! », Répondit l'élève.
Isabelle se retourna et se rendit alors compte que c'était son propre téléphone qui sonnait. « Excusez-moi de vous avoir accusé à tort monsieur Duvtonski ». Elle éteignit son portable et reprit son cours.
Après ce même cours, elle entra dans son bureau, salua une collègue d'histoire grecque, et elle vit qu'elle avait un message sur son répondeur : « Bonjour madame Le Marchand, ici Jack Materel. Je passerai à la Sorbonne vers 14 heures, est-ce que cela vous va ? Je vous donne mon adresse mail : jmaterel@univ-lille3.fr . A plus tard. »
Isabelle alluma son ordinateur portable, et alla directement sur sa boîte mail. De là, elle envoya un message à Jack Materel.
« Monsieur Materel, à 14 heures j'ai une heure de TD avec des troisièmes années, mais je ne fais rien de 15h à 18h. Peut-être pourrions-nous nous retrouver directement à la Bibliothèque Universitaire ? Isabelle. »
Après avoir envoyé ce mail, Isabelle alla déjeuner au RU où elle retrouva quelques collègues.
« Alors, ça va les hiéroglyphes ? lui demanda l'un d'eux.
-Oui, et toi les Ptolémées ?
-ça roule, la bibliothèque n'a pas encore brûlé, et Cléopâtre VII n'a pas encore rencontré ce cher César !
-Vous n'êtes pas en avance dans le programme alors ! », Le taquina Isabelle.
Après avoir fait cours aux élèves de 3e année, elle alla directement à la BU. Elle y retrouva Jack Materel, déjà plongé dans un livre parlant du papyrus de Stroglan.
« Vous êtes donc bien là ! J'ai eu peur que n'ayez pas reçu mon mail !
-C'est bon, je l'ai bien eu !
-Vous avez trouvé quelque chose d'intéressant ?
-Je ne suis là que depuis quelques minutes, je n'ai rien vu de nouveau pour l'instant. Quelle était votre idée d'hier?
-Je pensais à une sorte de rébus, ou d'anagramme. Mon idée peut paraître un peu saugrenue, mais qui ne tente rien n'a rien !
-Cette idée n'est en aucun cas saugrenue, au contraire ! Au travail ! »
Au bout de trois quarts d'heure, Isabelle murmura : « Mon idée d'anagramme n'était peut-être pas si mauvaise que ça... Venez voir Jack. Si l'on place ces quelques hiéroglyphes de cette façon on peut lire : 'Le roi de haute et basse Egypte, aimé d'Aton, prêtre d'Aton, Akhenaton...'
-Comment avez vous fait ?!
-Ce n'est pas tout à fait une anagramme, plutôt une sorte de code. J'ai obtenu cette traduction en reculant de deux hiéroglyphes un hiéroglyphe sur quatre de ce texte. Ce qui m'a fait douter au début est que le nom d'Akhenaton n'est pas dans un cartouche royal...
-C'est étrange, comme si le scribe qui a écrit ce texte n'avait pas voulu que son nom saute aux yeux.
-Je vais essayer de continuer de traduire ce papyrus de cette façon ! »
Deux heures plus tard, le travail acharné des deux égyptologues leur avait permis de comprendre une partie du texte.
« Le roi de Haute et Basse Egypte, aimé d'Aton, prêtre d'Aton, Akhenaton, juste de voix, décida en l'an 8 de son règne de se faire creuser deux maisons d'éternité. La première, dont la construction commença en l'an 10 du règne, fut construite aux alentours d'Akhetaton, l'horizon d'Aton, aux côtés de la future maison d'éternité de sa grande épouse royale, ma divine mère, Néfertiti. Ces deux tombes resteraient vides pour l'éternité. Quand mon père Akhenaton s'en alla vers la montagne d'occident, des funérailles que je présidais furent organisées pour lui. De nombreux meubles garnirent la tombe située dans l'horizon d'Aton. Le sarcophage d'Akhenaton y fut déposé et la porte scellée. Mais son sarcophage était vide. Depuis plusieurs années, avaient été fondus dans la plus grand secret deux sarcophages en or massif. Etant l'aînée de ses filles encore en vie, c'est à moi qu'il incomba la tâche... »
Tandis qu'Isabelle en était à ce point de la traduction, les cloches de Notre-Dame de Paris sonnèrent. Isabelle regarda sa montre et vit qu'il était déjà 18 heures. « Déjà ? J'ai un cours à donner à des deuxièmes années de master ! Et la salle est à l'autre bout de la fac ! Je vais être sacrément en retard ! Je vous rappelle dans la soirée ! »
Elle prit son sac et sortit de la BU. Elle arriva avec presque un quart d'heure de retard devant la salle. « Bonjour, excusez-moi de ce léger retard ! Installez-vous rapidement s'il vous plaît. Reprenons où nous nous étions arrêtés ! Quelqu'un peut me rappeler la dernière chose dont j'avais parlé ?
-Vous nous parliez de la particularité de certains adverbes.
-Merci. »
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:28

Modifié le samedi 28 juillet 2007 16:56

Chapitre 4: Le travail collectif finit par payer.

Quand à 19h30 elle sortit de la Sorbonne, elle croisa un de ces collègues, dont la spécialité était la période amarnienne, celle-là même dont était issu le papyrus qu'étudiaient Isabelle et Jack Materel.
« Tu viens boire un verre au café du coin ? lui proposa t-il.
-Volontiers, j'ai justement une question à te poser ! »
Une fois qu'ils furent installés à une table, Isabelle demanda à son collègue : « Dis-moi Jean, toi qui est un spécialiste de la période amarnienne, penses-tu qu'il soit possible qu'Akhenaton et Néfertiti aient été inhumés ailleurs que dans les caveaux de Tell El Amarna ?
-Il est très probable que leurs sarcophages aient été transférés quelque part dans la vallée des rois sous le règne de Toutankhamon ou d'Aÿ.. Peut-être dans le KV 55 !
-Oui ça je sais, mais je veux dire, que dès le début ils aient fait mettre deux sarcophages vides dans les tombes d'Amarna, et qu'à leur demande ils aient été inhumés ailleurs ?
-Aucun document n'a jamais fait allusion à quoique ce soit dans ce genre... Pourquoi me demandes-tu cela ?
-Pour ça », dit Isabelle en sortant de son sac la copie du papyrus et le début de la traduction. « C'est... déroutant... Ce serait fabuleux, fabuleux..., murmura Jean après avoir lu la traduction. Mais es-tu sûre de la traduction ?
-Fais-moi confiance pour les hiéroglyphes et je te fais confiance pour tout ce qui concerne Akhenaton et son règne !
-Ok. Bien sûr ça pourrait être possible, mais... D'où vient ce papyrus ? »
Isabelle raconta alors à Jean sa rencontre avec Jack Materel.
Elle invita ensuite son collègue à dîner : « Tu pourras voir monsieur Materel de tes propres yeux ! Je vais l'appeler pour qu'il passe. »
Une fois qu'ils furent chez elles, Isabelle appela Jack afin qu'il vienne dîner. Tous les trois assis autour d'un modeste repas préparé à la va-vite par Isabelle, ils discutèrent du fameux papyrus. Jean murmura : « Mais si tu as découvert la manière de déchiffrer ce papyrus, tu serais sûrement capable de faire de même avec le papyrus de Stroglan... !
-J'y ai déjà pensé, mais ces papyri sont de deux époques différentes, il serait vraiment étonnant que le même code ait été utilisé pour les deux !
-Bon, voyons où nous nous étions arrêtés pour la traduction », dit Jack.
Isabelle lui répondit : « J'en étais à 'Etant la plus vieille de ses filles encore en vie, c'est à moi qu'il incomba la tâche'... Bon on reprend le boulot ! »
Au fur et à mesure qu'Isabelle traduisait le papyrus, des exclamations sortaient de sa bouche. « C'est extraordinaire, écoutez-moi ça ! », dit-elle quand elle eut finit de traduire. Elle commença à lire à voix haute.
« C'est à moi qu'il incomba la tâche, après la momification de mon père le très puissant roi de Haute et Basse Egypte Akhenaton, de faire mettre dans ces deux sarcophages d'or la momie de la grande épouse royale Néfertiti, et celle de Pharaon. De nombreuses amulettes en or furent placées dans leurs sarcophages, afin qu'Aton les protège dans leur voyage vers l'autre rive. Je fis ensuite secrètement transporter ces deux sarcophages dans le second caveau funéraire, celui qu'Akhenaton avait fait construire dans le plus grand secret. De nombreux bien furent placés dans le caveau afin que le roi et la reine ne manquent de rien durant leur éternité. Jamais un pharaon n'eut un tel trésor à ses côtés : la plus grande quantité de Lapis-lazuli, la pierre des Dieux, de pierres d'Hathor, d'or, d'électrum, et également de cette pierre verte ramenée par notre glorieux ancêtre Touthmôsis III de ses conquêtes en Asie. La porte de la demeure d'éternité de mes divins géniteurs fut ensuite scellée, avec mon sceau de grande épouse royale du pharaon Nebkheperourê, juste de voix, puis elle fut ensevelie sous de grandes quantités de sable.
« Pour préserver l'éternité de Néfertiti et d'Akhenaton, je ne pus révéler à quiconque l'emplacement de leur caveau, Aÿ et Horemheb ayant des espions dans tous les milieux. Cependant je ne puis laisser le secret perdu pour l'éternité. Aujourd'hui, Toutankhamon et Aÿ décédés, il n'est plus qu'une question de jours, voir d'heures, avant que le général Horemheb ne monte par la force sur le trône du Double Pays. J'ai donc rédigé ce papyrus moi-même, en un code que le trop stupide Horemheb et ses sbires ne pourront jamais décrypter. Mais j'ai confiance en Aton, qui un jour saura mettre ce papyrus entre les mains d'une personne au c½ur aussi léger que la plume de Maât, qui saura faire bon usage du secret que je vais lui révéler. Gloire à toi noble personne à l'intelligence assez perçante pour avoir su déchiffrer ce message. »
« L'endroit si secret où reposent Akhenaton et sa divine épouse à l'abri de la fureur des prêtres d'Amon, se situe dans le domaine de Seth, à 7506 brasses de Ouaset en suivant le soleil couchant. Ce lieu que vous aurez du mal à trouver est reconnaissable grâce à une stèle louant la gloire d'Amon, où l'esprit vif pourra retrouver l'anagramme de mon nom de naissance. »
« Mon v½u le plus cher serait qu'un jour quelqu'un ose dire tout haut qu'Akhenaton n'était pas un hérétique, je voudrais que le prestige de mon père soit rétabli, et que son nom, ainsi que ceux de mes deux défunts et royaux époux, ne soient pas effacés des annales royales tenues dans la maison de vie d'Héliopolis !
Ankhesenamon, régent des Deux Terres, douée de vie, qu'elle vive éternellement. »
Tous avaient retenu leur souffle pendant qu'Isabelle lisait. Quand elle eut fini, les exclamations fusèrent : « C'est extraordinaire !
-Fantastique ! Un tel trésor !
-Oui, un tel trésor historique, murmura Isabelle. L'un des mystères de Néfertiti et Akhenaton résolu !! C'est tellement... » Isabelle ne put finir sa phrase, l'émotion l'empêchant de trouver ses mots. Elle se reprit et murmura : « Ankhesenamon a dû écrire ce papyrus après que sa tentative d'épouser un fils du roi hittite Suppiluliuma et de le faire monter sur le trône d'Egypte ait échouée...
-Oui ça doit être cela, dit Jean. Dis-moi Isabelle, tu as toujours ton ami au CNRS, qui entretient de très bonnes relations avec le service des antiquités égyptiennes ?
-Celui à qui il arrive de dîner avec Zahi Hawass ? Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs semaines, mais je pense qu'il serait content d'avoir de mes nouvelles. Pourquoi me demandes-tu ça ? Penserais-tu à la même chose que moi ?
-Je crois que nous pensons tous les trois à la même chose... Monter une campagne de fouilles en Egypte ! » Dit Jack Materel. Puis il reprit : « Je pense qu'elle pourrait difficilement nous être refusée, l'authenticité par rapport à l'époque de ce papyrus a été établie par des experts en papyrologie de Lille, vous Isabelle, pour la traduction, vous faites autorité en matière de traduction de textes hiéroglyphiques, quant à la possibilité de l'existence d'une possible tombe autre que celle d'Amarna toute l'égyptologie sait que c'est fort probable !
-Je vais appeler tout de suite mon ami du CNRS ! Dit Isabelle.
-Mais il est quasiment minuit !
-Ce n'est pas grave, en bon égyptologue il va être ravi d'être réveillé par une telle nouvelle ! »
Elle composa donc le numéro de son ami. Il passa plusieurs sonneries avant qu'il ne décroche enfin.
« Allô, Martin ? Oui bonsoir, c'est Isabelle Le Marchand ! Je ne te réveilles pas ?... Si ? Je suis désolée, c'est que c'est vraiment important ! Mais ce serait trop long à expliquer au téléphone. Tu pourrais passer chez moi ?... Oui tout de suite si ça ne te déranges pas... Est-ce que tu as entendu parler d'un papyrus découvert en Abydos, impossible à traduire ?... Et bien figures-toi qu'avec l'aide de Jean Roche et de Jack Materel j'ai réussi à le traduire, ou plutôt le déchiffrer, dans son intégralité !! ... Tu viens tout de suite ? Ok, on t'attend chez moi !! »
Après avoir raccroché, Isabelle dit à Jean et Jack : « C'est bon, il vient ! A cette heure là le trafic est fluide, il devrait être là dans peu de temps. »
En l'attendant ils burent un café bien fort, afin de ne pas succomber à l'appel du sommeil. Ils étaient néanmoins tous un peu dans les vaps lorsque le bruit de la sonnette de l'appartement d'Isabelle se fit entendre. Cette dernière se leva, bailla, s'étira, et alla ouvrir. Elle pensait trouver sur le seuil de sa porte son ami Martin Bligeot, aussi quelle ne fut pas sa surprise de voir Bernard, son ex-compagnon.
« Bernard, mais qu'est-ce que tu...
-Isabelle ! Dit-il en titubant et en se tenant au chambranle de la porte. Il fallait que je te voie !
-Mais.. Tu es complètement ivre !
-Lai... Laisses-moi entrer !
-Hors de question, tu vas rentrer chez toi, prendre une bonne douche froide, et te coucher !
-Non, je vais rentrer boire un coup !
-Tu sors tout de suite Bernard ou j'appelle la police ! »
Leurs éclats de voix étant parvenus jusqu'au salon, Jean et Jack vinrent aux nouvelles. « Des problèmes Isabelle ?
-Je me débarrasse de ça et je suis à vous dans deux minutes.
-Laisse-moi entrer Isabelle ! » Gémissait Bernard.
Jack Materel prit la parole : « Monsieur, je crois qu'elle vous a demandé de sortir, alors vous allez gentiment lui obéir. »
Bernard regarda pendant une minute Jean et Jack qui avaient l'air déterminé à le mettre dehors par la force s'il le fallait. Puis il se retourna et partit.
« On ... hic ... se reverra Asibel .... Ibaselle... Isabelle ! » Dit-il avant de monter dans l'ascenseur.
Une fois qu'il fut parti, Isabelle eut un soupir de soulagement. Alors qu'elle venait de refermer la porte, l'interphone sonna. « Qui est-ce ? Demanda t-elle.
-C'est moi, Martin.
-Je t'ouvre tout de suite ! » Dit-elle en appuyant sur le bouton ouvrant la porte de l'immeuble.
« Ce que je ne comprends pas, dit Jack, c'est comment ce Bernard a fait pour entrer dans l'immeuble sans que vous lui ayez ouvert...
-Il a le code, répondit Isabelle. C'est mon ex. »
Une fois que Martin Bligeot fut entré, Isabelle lui expliqua tout, du coup de téléphone de Jack Materel jusqu'à la traduction du papyrus.
« ... Alors on a pensé à toi parce que tu pourrais nous aider avec tes nombreuses relations, à obtenir un accord pour des fouilles en Egypte. Conclut-elle.
-Tu as bien fait de m'appeler, je vais essayer de t'aider. Tu parles arabe ?
-A peine quelques mots, je sais me présenter, et quelques formules de politesse, c'est tout.
-Bon ce n'est pas grave, j'appellerai Zahi Hawass moi-même. Par contre il va sûrement imposer des égyptologues égyptiens à vos côtés...
-Je ne pense pas que ça nous pose un quelconque problème !
-... Et je serai du voyage, ajouta Martin. J'espère que ça ne vous dérange pas ?
-Non, ça ne nous pose aucun problème, bien au contraire ! Dit Jack.
-Oui, ce sera un honneur de travailler à vos côtés, confirma Jean.
-Bon, et bien je m'occupe de tout cela demain matin. Isabelle, je peux t'emprunter la traduction ?
-Ne bouges pas, je vais te la scanner ! »
Isabelle alla donc à son ordinateur pour scanner le document où elle avait écrit la traduction du papyrus, et en ramena la copie deux minutes plus tard. « Tiens, dit elle en tendant la feuille à Martin.
-Merci. Je vais rentrer chez moi, je me lève tôt demain matin, enfin, plutôt ce matin ! »
Isabelle jeta un ½il à la pendule et vit qu'il était une heure du matin passée. « Ah oui, effectivement. J'attends ton coup de fil demain ! Bien que demain soit samedi, je donne un cour de 9h à 10h, donc si tu appelles dans la matinée, essaies plutôt de me joindre à l'université.
-Ok, à demain alors. »
Martin fit la bise à Isabelle, puis donna une poignée de main vigoureuse à Jean et Jack.
Ces deux derniers partirent cinq minutes plus tard, et dix minutes après, Isabelle dormait.
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:32

Modifié le samedi 28 juillet 2007 17:12

Chapitre 5: Les préparatifs du voyage.

Le lendemain, elle se leva en retard et dut courir pour arriver à l'heure à l'université. Tandis que vers 9h30 elle expliquait à ses élèves comment se répertoriaient les différentes catégories de hiéroglyphes, la secrétaire du département d'égyptologie entra dans la salle, un téléphone cellulaire à la main. « Un certain monsieur Bligeot, il a dit que c'était important et que vous attendiez son appel.
-Merci Joséphine. Vous me les surveillez ? » Dit Isabelle en désignant les élèves. Elle sortit dans le couloir pour pouvoir parler tranquillement à Martin.
« Isabelle Le Marchand, bonjour.
-Isa, c'est Martin. J'ai eu Zahi Hawass au téléphone, on a l'autorisation des autorités égyptiennes.
-C'est fabuleux !
-J'ai également l'approbation de mes supérieurs au CNRS et donc l'obtention d'un budget, serré, mais raisonnable ! Et l'on peut emmener avec nous un étudiant en égyptologie !
-Merveilleux ! Quand partirons nous ?
-Nous avons trois semaines pour repérer le site et le fouiller. Le CNRS et les autorités égyptiennes se sont mis d'accord pour entre le 4 et le 25 mars. Nous avons de la chance d'être encore dans la saison des fouilles et de ne pas devoir attendre février prochain !
-Ça nous fait partir la semaine prochaine... Moi ça me va. Je préviens Jack Materel et Jean Roche !
-D'accord. Et bien, à plus tard alors.
-A plus tard ! »
Après avoir prévenu Jean et Jack, puis remercié la secrétaire, Isabelle retourna à son cours. Elle prévint ses étudiants : « Je serai absente à partir du lundi 4 mars, je pars en Egypte faire des fouilles. Etant donné que vous êtes en première année de master, vous avez déjà beaucoup de connaissances sur l'Egypte. J'aimerais pouvoir tous vous emmener, mais bien que vous ne soyez que 7 dans ce master, je ne peux tous vous emmener, il va donc me falloir en choisir un parmi vous. Je pense emmener Marie Pleste. Je suis désolée pour les autres, il m'a été dur de faire ce choix, mais la prochaine fois ce sera peut-être vous ! »
Quand le cours fut fini, Isabelle prit la jeune étudiante à part. « Mlle Pleste, nous partirons lundi matin, nous prendrons l'avion à Orly à 8h30. Il ne faudrait donc pas partir d'ici après 6 heures du matin. Je vous emmènerai à l'aéroport. Vous logez dans une résidence universitaire ?
-Oui, répondit l'étudiante.
-Alors disons que je vous prends vers six heures moins cinq devant la bibliothèque universitaire. Pour vos autres cours, ne vous en faites pas, je m'occupe de vous arranger ça. J'aurais votre billet d'avion lundi. Ah, et au fait, à cette saison, en Haute Egypte, il fait 30°C en pleine journée en moyenne, mais il peut faire frais la nuit. Prévoyez des vêtements en conséquence !
-D'accord. Merci, et à lundi madame. »
Isabelle passa le reste du samedi ainsi que son dimanche à peaufiner tous les détails du voyage avec ses trois collègues. Ils devaient s'organiser pour trouver le caveau funéraire du couple amarnien le plus vite possible, afin d'avoir le temps de désensabler les sarcophages si besoin, et de répertorier tous les éléments de leur tombe.
Il fallut également, dans la journée du samedi, faire une liste du nombre d'ouvriers dont ils auraient besoin sur le chantier de fouilles, et faxer cette liste au CNRS qui lui-même l'enverrait à Thèbes afin que dès leur arrivée sur place, les ouvriers soient prêts.
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# Posté le mardi 24 juillet 2007 16:33

Modifié le samedi 28 juillet 2007 17:21