Quand à 19h30 elle sortit de la Sorbonne, elle croisa un de ces collègues, dont la spécialité était la période amarnienne, celle-là même dont était issu le papyrus qu'étudiaient Isabelle et Jack Materel.
« Tu viens boire un verre au café du coin ? lui proposa t-il.
-Volontiers, j'ai justement une question à te poser ! »
Une fois qu'ils furent installés à une table, Isabelle demanda à son collègue : « Dis-moi Jean, toi qui est un spécialiste de la période amarnienne, penses-tu qu'il soit possible qu'Akhenaton et Néfertiti aient été inhumés ailleurs que dans les caveaux de Tell El Amarna ?
-Il est très probable que leurs sarcophages aient été transférés quelque part dans la vallée des rois sous le règne de Toutankhamon ou d'Aÿ.. Peut-être dans le KV 55 !
-Oui ça je sais, mais je veux dire, que dès le début ils aient fait mettre deux sarcophages vides dans les tombes d'Amarna, et qu'à leur demande ils aient été inhumés ailleurs ?
-Aucun document n'a jamais fait allusion à quoique ce soit dans ce genre... Pourquoi me demandes-tu cela ?
-Pour ça », dit Isabelle en sortant de son sac la copie du papyrus et le début de la traduction. « C'est... déroutant... Ce serait fabuleux, fabuleux..., murmura Jean après avoir lu la traduction. Mais es-tu sûre de la traduction ?
-Fais-moi confiance pour les hiéroglyphes et je te fais confiance pour tout ce qui concerne Akhenaton et son règne !
-Ok. Bien sûr ça pourrait être possible, mais... D'où vient ce papyrus ? »
Isabelle raconta alors à Jean sa rencontre avec Jack Materel.
Elle invita ensuite son collègue à dîner : « Tu pourras voir monsieur Materel de tes propres yeux ! Je vais l'appeler pour qu'il passe. »
Une fois qu'ils furent chez elles, Isabelle appela Jack afin qu'il vienne dîner. Tous les trois assis autour d'un modeste repas préparé à la va-vite par Isabelle, ils discutèrent du fameux papyrus. Jean murmura : « Mais si tu as découvert la manière de déchiffrer ce papyrus, tu serais sûrement capable de faire de même avec le papyrus de Stroglan... !
-J'y ai déjà pensé, mais ces papyri sont de deux époques différentes, il serait vraiment étonnant que le même code ait été utilisé pour les deux !
-Bon, voyons où nous nous étions arrêtés pour la traduction », dit Jack.
Isabelle lui répondit : « J'en étais à 'Etant la plus vieille de ses filles encore en vie, c'est à moi qu'il incomba la tâche'... Bon on reprend le boulot ! »
Au fur et à mesure qu'Isabelle traduisait le papyrus, des exclamations sortaient de sa bouche. « C'est extraordinaire, écoutez-moi ça ! », dit-elle quand elle eut finit de traduire. Elle commença à lire à voix haute.
« C'est à moi qu'il incomba la tâche, après la momification de mon père le très puissant roi de Haute et Basse Egypte Akhenaton, de faire mettre dans ces deux sarcophages d'or la momie de la grande épouse royale Néfertiti, et celle de Pharaon. De nombreuses amulettes en or furent placées dans leurs sarcophages, afin qu'Aton les protège dans leur voyage vers l'autre rive. Je fis ensuite secrètement transporter ces deux sarcophages dans le second caveau funéraire, celui qu'Akhenaton avait fait construire dans le plus grand secret. De nombreux bien furent placés dans le caveau afin que le roi et la reine ne manquent de rien durant leur éternité. Jamais un pharaon n'eut un tel trésor à ses côtés : la plus grande quantité de Lapis-lazuli, la pierre des Dieux, de pierres d'Hathor, d'or, d'électrum, et également de cette pierre verte ramenée par notre glorieux ancêtre Touthmôsis III de ses conquêtes en Asie. La porte de la demeure d'éternité de mes divins géniteurs fut ensuite scellée, avec mon sceau de grande épouse royale du pharaon Nebkheperourê, juste de voix, puis elle fut ensevelie sous de grandes quantités de sable.
« Pour préserver l'éternité de Néfertiti et d'Akhenaton, je ne pus révéler à quiconque l'emplacement de leur caveau, Aÿ et Horemheb ayant des espions dans tous les milieux. Cependant je ne puis laisser le secret perdu pour l'éternité. Aujourd'hui, Toutankhamon et Aÿ décédés, il n'est plus qu'une question de jours, voir d'heures, avant que le général Horemheb ne monte par la force sur le trône du Double Pays. J'ai donc rédigé ce papyrus moi-même, en un code que le trop stupide Horemheb et ses sbires ne pourront jamais décrypter. Mais j'ai confiance en Aton, qui un jour saura mettre ce papyrus entre les mains d'une personne au c½ur aussi léger que la plume de Maât, qui saura faire bon usage du secret que je vais lui révéler. Gloire à toi noble personne à l'intelligence assez perçante pour avoir su déchiffrer ce message. »
« L'endroit si secret où reposent Akhenaton et sa divine épouse à l'abri de la fureur des prêtres d'Amon, se situe dans le domaine de Seth, à 7506 brasses de Ouaset en suivant le soleil couchant. Ce lieu que vous aurez du mal à trouver est reconnaissable grâce à une stèle louant la gloire d'Amon, où l'esprit vif pourra retrouver l'anagramme de mon nom de naissance. »
« Mon v½u le plus cher serait qu'un jour quelqu'un ose dire tout haut qu'Akhenaton n'était pas un hérétique, je voudrais que le prestige de mon père soit rétabli, et que son nom, ainsi que ceux de mes deux défunts et royaux époux, ne soient pas effacés des annales royales tenues dans la maison de vie d'Héliopolis !
Ankhesenamon, régent des Deux Terres, douée de vie, qu'elle vive éternellement. »
Tous avaient retenu leur souffle pendant qu'Isabelle lisait. Quand elle eut fini, les exclamations fusèrent : « C'est extraordinaire !
-Fantastique ! Un tel trésor !
-Oui, un tel trésor historique, murmura Isabelle. L'un des mystères de Néfertiti et Akhenaton résolu !! C'est tellement... » Isabelle ne put finir sa phrase, l'émotion l'empêchant de trouver ses mots. Elle se reprit et murmura : « Ankhesenamon a dû écrire ce papyrus après que sa tentative d'épouser un fils du roi hittite Suppiluliuma et de le faire monter sur le trône d'Egypte ait échouée...
-Oui ça doit être cela, dit Jean. Dis-moi Isabelle, tu as toujours ton ami au CNRS, qui entretient de très bonnes relations avec le service des antiquités égyptiennes ?
-Celui à qui il arrive de dîner avec Zahi Hawass ? Je ne l'ai pas vu depuis plusieurs semaines, mais je pense qu'il serait content d'avoir de mes nouvelles. Pourquoi me demandes-tu ça ? Penserais-tu à la même chose que moi ?
-Je crois que nous pensons tous les trois à la même chose... Monter une campagne de fouilles en Egypte ! » Dit Jack Materel. Puis il reprit : « Je pense qu'elle pourrait difficilement nous être refusée, l'authenticité par rapport à l'époque de ce papyrus a été établie par des experts en papyrologie de Lille, vous Isabelle, pour la traduction, vous faites autorité en matière de traduction de textes hiéroglyphiques, quant à la possibilité de l'existence d'une possible tombe autre que celle d'Amarna toute l'égyptologie sait que c'est fort probable !
-Je vais appeler tout de suite mon ami du CNRS ! Dit Isabelle.
-Mais il est quasiment minuit !
-Ce n'est pas grave, en bon égyptologue il va être ravi d'être réveillé par une telle nouvelle ! »
Elle composa donc le numéro de son ami. Il passa plusieurs sonneries avant qu'il ne décroche enfin.
« Allô, Martin ? Oui bonsoir, c'est Isabelle Le Marchand ! Je ne te réveilles pas ?... Si ? Je suis désolée, c'est que c'est vraiment important ! Mais ce serait trop long à expliquer au téléphone. Tu pourrais passer chez moi ?... Oui tout de suite si ça ne te déranges pas... Est-ce que tu as entendu parler d'un papyrus découvert en Abydos, impossible à traduire ?... Et bien figures-toi qu'avec l'aide de Jean Roche et de Jack Materel j'ai réussi à le traduire, ou plutôt le déchiffrer, dans son intégralité !! ... Tu viens tout de suite ? Ok, on t'attend chez moi !! »
Après avoir raccroché, Isabelle dit à Jean et Jack : « C'est bon, il vient ! A cette heure là le trafic est fluide, il devrait être là dans peu de temps. »
En l'attendant ils burent un café bien fort, afin de ne pas succomber à l'appel du sommeil. Ils étaient néanmoins tous un peu dans les vaps lorsque le bruit de la sonnette de l'appartement d'Isabelle se fit entendre. Cette dernière se leva, bailla, s'étira, et alla ouvrir. Elle pensait trouver sur le seuil de sa porte son ami Martin Bligeot, aussi quelle ne fut pas sa surprise de voir Bernard, son ex-compagnon.
« Bernard, mais qu'est-ce que tu...
-Isabelle ! Dit-il en titubant et en se tenant au chambranle de la porte. Il fallait que je te voie !
-Mais.. Tu es complètement ivre !
-Lai... Laisses-moi entrer !
-Hors de question, tu vas rentrer chez toi, prendre une bonne douche froide, et te coucher !
-Non, je vais rentrer boire un coup !
-Tu sors tout de suite Bernard ou j'appelle la police ! »
Leurs éclats de voix étant parvenus jusqu'au salon, Jean et Jack vinrent aux nouvelles. « Des problèmes Isabelle ?
-Je me débarrasse de ça et je suis à vous dans deux minutes.
-Laisse-moi entrer Isabelle ! » Gémissait Bernard.
Jack Materel prit la parole : « Monsieur, je crois qu'elle vous a demandé de sortir, alors vous allez gentiment lui obéir. »
Bernard regarda pendant une minute Jean et Jack qui avaient l'air déterminé à le mettre dehors par la force s'il le fallait. Puis il se retourna et partit.
« On ... hic ... se reverra Asibel .... Ibaselle... Isabelle ! » Dit-il avant de monter dans l'ascenseur.
Une fois qu'il fut parti, Isabelle eut un soupir de soulagement. Alors qu'elle venait de refermer la porte, l'interphone sonna. « Qui est-ce ? Demanda t-elle.
-C'est moi, Martin.
-Je t'ouvre tout de suite ! » Dit-elle en appuyant sur le bouton ouvrant la porte de l'immeuble.
« Ce que je ne comprends pas, dit Jack, c'est comment ce Bernard a fait pour entrer dans l'immeuble sans que vous lui ayez ouvert...
-Il a le code, répondit Isabelle. C'est mon ex. »
Une fois que Martin Bligeot fut entré, Isabelle lui expliqua tout, du coup de téléphone de Jack Materel jusqu'à la traduction du papyrus.
« ... Alors on a pensé à toi parce que tu pourrais nous aider avec tes nombreuses relations, à obtenir un accord pour des fouilles en Egypte. Conclut-elle.
-Tu as bien fait de m'appeler, je vais essayer de t'aider. Tu parles arabe ?
-A peine quelques mots, je sais me présenter, et quelques formules de politesse, c'est tout.
-Bon ce n'est pas grave, j'appellerai Zahi Hawass moi-même. Par contre il va sûrement imposer des égyptologues égyptiens à vos côtés...
-Je ne pense pas que ça nous pose un quelconque problème !
-... Et je serai du voyage, ajouta Martin. J'espère que ça ne vous dérange pas ?
-Non, ça ne nous pose aucun problème, bien au contraire ! Dit Jack.
-Oui, ce sera un honneur de travailler à vos côtés, confirma Jean.
-Bon, et bien je m'occupe de tout cela demain matin. Isabelle, je peux t'emprunter la traduction ?
-Ne bouges pas, je vais te la scanner ! »
Isabelle alla donc à son ordinateur pour scanner le document où elle avait écrit la traduction du papyrus, et en ramena la copie deux minutes plus tard. « Tiens, dit elle en tendant la feuille à Martin.
-Merci. Je vais rentrer chez moi, je me lève tôt demain matin, enfin, plutôt ce matin ! »
Isabelle jeta un ½il à la pendule et vit qu'il était une heure du matin passée. « Ah oui, effectivement. J'attends ton coup de fil demain ! Bien que demain soit samedi, je donne un cour de 9h à 10h, donc si tu appelles dans la matinée, essaies plutôt de me joindre à l'université.
-Ok, à demain alors. »
Martin fit la bise à Isabelle, puis donna une poignée de main vigoureuse à Jean et Jack.
Ces deux derniers partirent cinq minutes plus tard, et dix minutes après, Isabelle dormait.